Claude Lerude, résistant français (1920-1945)
Le 20 juin 1920, Claude Lerude naît au domicile de ses grands-parents au 87, rue de Coulmiers à Orléans. Ses premières années sont parisiennes. Il souffre d’un mauvais état de santé, avec l’apparition de l’eczéma qui sera récurrent.
Son père Paul décède des suites de la guerre 1914-1918. Il sera alors « pupille de la Nation ». Cette disparition le marquera profondément. Il quitte Paris avec sa maman et devient orléanais définitivement…
En 1929, il entre au Lycée Pothier. Sa scolarité sera marquée par de nombreuses absences, dues à différentes maladies, qui nécessiteront souvent son éloignement de sa maman.
En 1933, son existence va être transformée grâce à sa maman qui l’engage à participer au scoutisme, d’abord d’extension pour les jeunes gens malades ou souffrant de handicap. En 1935, sa santé lui permet de participer au scoutisme actif et il entre à la 2ème d’Orléans… Commence alors son parcours dans le mouvement, avec de très nombreux camps.
En 1938, il passe avec succès son baccalauréat et commence une année de philosophie. Il déploie une immense action auprès de nombreux jeunes orléanais. Jusqu’à la déclaration de la guerre, le Chef scout Lerude anime et forme des cadres pour ses patrouilles, et obtient de très nombreux badges.
Sa santé toujours précaire l’oblige à renoncer à une carrière militaire et il décide de devenir un éducateur, d’où son inscription à la Sorbonne et à l’Institut catholique pour préparer une licence d’histoire. Mais il reste toujours en contact avec ses scouts d’Orléans et il organise et participe à de nombreux camps dans toute la France, dont celui de Chamarande, abrégé par la mobilisation de septembre : la Guerre est là !
Il rassemble ses scouts et les conduit tous les jours en camion aux Aubrais afin de ravitailler les troupes et d’aider les nombreux réfugiés qui passent sans arrêt.
Mais, le 8 novembre 1939, il réussit à persuader un médecin de signer son engagement au 131e R.I. (le régiment de son père). On l’expédie le soir même pour prendre la tête d’un groupe « d’omis », faisant fonction de caporal, où il ne restera que peu de temps, pour suivre le peloton des élèves officiers, tout en continuant à s’occuper de sa troupe de scouts.
En avril 1940, Il passe brillamment le concours des E.O.R. (Elèves Officiers de Réserve), et le 7 mai il se retrouve au Centre de Fontenay-le-Comte, en Vendée, d’où il effectuera, en mai et juin, des « missions » en Belgique, dans les Ardennes, les Vosges et à Strasbourg…
Puis ce sera, pour lui, comme pour de nombreux soldats, la retraite avec différentes et éprouvantes étapes… jusqu’au 20 juillet 1940 : il est démobilisé et retrouve quelques semaines une partie de sa famille réfugiée près de Limoges.
Une dépêche le rappelle pour lui confier la direction d’un Chantier de Jeunesse dans la forêt de Tronçais (Groupement n° 1 avec 200 garçons de 18 à 20 ans), où Il faut tout faire, en partant de rien… Il quittera les Chantiers pour des activités scoutes importantes. C’est à partir de Lyon qu’il est chargé de multiples missions, tant en France qu’en Algérie, pour reprendre en mains les cadres scouts, et ceci même en zone interdite, d’où plusieurs passages de la ligne de démarcation… pour ces missions militaires de sondage et d’information…
En 1942, il sera en rapport avec l’entourage du général Giraud et il assistera à ces conférences, notamment sur les problèmes de commandement.
Puis, en mai 1942 Claude Lerude revient sur Orléans ; ce retour ne sera pas aisé, rencontrant une certaine guerre mesquine et sourde contre lui… Au mois d’août, il est chargé par le Commissariat à la Jeunesse d’organiser la « Chevauchée de Jeanne d’Arc », qui sera un grand succès en septembre. Il occupe alors un poste officiel de bibliothécaire au Commissariat de la Jeunesse, qui lui permet de mener en parallèle une action importante clandestine de recherche de contacts, pour son projet !
En octobre, il est contraint de démissionner, puisqu’on lui interdit tout contact avec ses anciens scouts… Il poursuivra néanmoins ces relations, notamment avec des « veillées » chez lui. Il les réunira régulièrement, avec une Nuit de Noël qui constituera pour lui et beaucoup de ses amis, le début d’un prochain engagement décisif…
Début 1943, avec son ami, ancien scout et voisin, Guy Faucheux, Claude prend de nombreux contacts, toujours dans la clandestinité totale, notamment avec d’anciens militaires, mais aussi des responsables d’administration (P.T.T., S.N.C.F., Préfecture, etc.) et tous deux recherchent des réseaux ou des mouvements de résistance, dans la clandestinité la plus stricte. Ces recherches ne sont pas couronnées de succès et il doit, contraint et forcé, accompagner quelques-uns de ces scouts pour leur départ, réquisitionnés en Allemagne…
Mais, ça y est ! Le 9 mai 1943, une entrevue secrète à Paris rue du faubourg Montmartre, avec le mouvement Vengeance (depuis 1946, appelé « Turma-Vengeance »). Claude et Guy se voient confier la prospection, le développement de Corps-francs d’abord sur le Loiret. A la fin d’un mois de mai d’activités très intenses, Claude Lerude est confirmé chef départemental, mais aussi bientôt de la VIIIe Région des Corps Francs. Il prend alors, le pseudonyme de « Paul VIII ».
Turma –Vengeance, c’est un réseau de Renseignements, un réseau d’évasion avec fabrication de nombreux faux-papiers et des Corps-Francs qui se préparent aux combats, qui seront déclenchés au moment du débarquement.
Claude Lerude déploie toutes ses qualités d’organisateur et de formateur-pédagogue (il a seulement 23 ans !), au service de Vengeance. Il se rend tous les quinze jours à Paris, mais il est aussi présent à Bourges, en Sologne assez fréquemment, etc., par le train, en voiture, ou parfois en vélo ! Sa maison du 87 rue de Coulmiers devient le Poste de commandement (PC), de la région Centre : c’est une ruche à l’animation incessante…
Il multiplie les contacts avec les autres mouvements de la Résistance et s’engage dans l’Armée Secrète, branche armée du CNR (Conseil national de la Résistance) animé par Jean Moulin.
Il sera en décembre 1943, responsable pédagogique de la 1ère Ecole de cadres de la Résistance qui se tiendra dans l’Orne à Cérisy-Belle-Étoile, et réunit une quarantaine d’officiers et d’agents de liaison de la Bretagne, Normandie, Ile-de-France, Orléanais… Mais la plupart seront rapidement arrêtés, puis déportés, et peu reviendront des camps…
Au début de l’année 1944, ce sont plusieurs milliers d’hommes que Claude Lerude aura rassemblés dans sa Région. Il siège alors au Comité Directeur du mouvement et permet des rencontres au plus niveau, notamment avec l’ORA (Organisation de la Résistance dans l’Armée).
Pour préparer les futurs combats après le débarquement attendu au printemps Lerude réunit un important Congrès régional militaire à Orléans les 15 et 16 janvier 1944.
Mais, en milieu d’après-midi du 16 janvier, la Gestapo intervient à son domicile et procède à son arrestation ainsi que celles d’autres responsables militaires de Gien et Pithiviers. D’autres opérations vont se produire en même temps, autour de la caserne des sapeurs-pompiers et dans d’autres localités des différents départements. Le mouvement sera décapité quelques longues semaines…
Les Chefs militaires vont subir des interrogatoires très musclées. Claude a pensé être rapidement fusillé, mais il est interné à la prison militaire d’Orléans, rue Eugène-Vignat, où il communique par tous les moyens (envoi de 200 billets et notes) pour la survie du mouvement qui va se poursuivre après lui, dans les maquis et les combats, notamment au sud de la Loire, avec de nouvelles équipes, de nouveaux responsables.
Une tentative d’évasion le 17 mars précipite les départs de tous ses compagnons. Pour lui, ce sera huit jours après eux vers Fresnes, puis Compiègne. Le 18 mai, c’est le départ pour l’Allemagne où les déportés sont entassés à 140 dans des wagons à bestiaux. Ils arriveront à Neuengamme, près de Hambourg.
Claude Lerude n’est plus : il est désormais le n° 30313. Et, de très longs mois, dans des conditions inhumaines vont passer. L’hiver de 1944-1945 sera très rigoureux !
Le 20 mars 1945, c’est encore un transfert très dramatique vers le camp de Wöbbelin. La faim, les maladies vont décimer les déportés… Pourtant les troupes alliées se rapprochent des Camps, avec les Russes au nord, et… Le 2 mai, des soldats américains leur apportent enfin la liberté !
Mais il est trop tard pour beaucoup, et pour Claude Lerude, qui rend l’âme le 7 mai au matin… La veille de la capitulation nazie pour laquelle il avait donné sa vie. Il n’avait pas 25 ans !
Le 5 juin, un hommage lui est rendu par l’ensemble des mouvements de la Résistance dans son église paroissiale de St Paterne d’Orléans ; en fin d’après-midi, ses compagnons se disent au-revoir à son domicile.
Sa maman deviendra l’année suivante Sœur Marie-Agnès de Jésus au Carmel du Dorat ; c’est donc sa grand-mère qui recevra sa Légion d’honneur, mort pour la France.
Son souvenir sera conservé avec des rues (Orléans-la Source, La Chapelle Saint-Mesmin), une école maternelle sur Orléans. Une biographie éponyme lui sera consacrée dès 1946, et une brochure sur les « Chrétiens du Loiret » réalisé en 1988, se terminera par trois pages en bandes dessinées relatant sa courte vie bien remplie, au service de la liberté.
Désormais, c’est à nous tous qu’il revient de nous souvenir de son action et de son message : « Je ne veux pas être plaint / Je savais ce que je faisais et ne suis pas une pauvre victime / La vie est belle quand on est d’accord avec son intelligence / En harmonie avec l’Intelligence qui gouverne le monde. » (23 janvier 1944).
Parution de deux articles dans Le Loiret Généalogique n° 106 (1er trimestre 2018) et n° 107 (2ème trimestre 2018) par Francis Kowalik, reprenant les grandes lignes de nos recherches personnelles.
Dans le n°107, la mention et la photographie du général Giraud ne doivent pas être interprétées comme l’allégeance de Claude Lerude au « concurrent » du général De Gaulle. Nous reviendrons bientôt sur ce point important avec des documents ; notamment ceux de la Gestapo et un courrier du docteur Ségelle (« Clovis »).
En outre, nous insistons sur les mentions de deux livres sur le mouvement « Vengeance » : celui de François Wetterwald, Les morts inutiles, et celui de René Guichet, Les Mauvais Jours, avec l’anecdote remarquable dans la cour de la prison orléanaise de la rue Eugène Vignat au printemps 1944.
